Article du magazine le Journal de la Maison – Mars 2013

article le journal de la maison mars 2013

Émission La Maison France 5 – France 5 le 14 et 17 mars 2012

Je pars d’un constat simple, nous vivons et de plus en plus en milieu urbain. Nous serons dans quelques temps plus de 80% à vivre dans des grandes ou petites villes, banlieue.

Or, par des facteurs économiques connus, et ça ne va pas en s’arrangeant, le prix au m² explose.

Il y aurait bien des solutions à apporter, mais c’est aux responsables politiques d’y répondre avec force, le créateur n’est qu’un petit élément.

Donc en tant que créateur, je ne peux que constater que la plupart d’entre nous sommes contraints de vivre dans de petits espaces.

A Paris, + de 50% des personnes vivent dans des studios ou des 2 pièces, j’ajoute que chacun dispose en moyenne de 2.5 m² les espaces verts publics.

A voir chaque petit coin de balcon fleurir à chaque printemps, le besoin de verdure, à défaut de nature est bien prégnant.

Alors ces objets ou meubles en prétendent pas se substituer à la nature, mais juste amener ce que les plantes apportent dans notre biologie : le rapport au temps les feuilles qui tombent), le filtre de l’air…Etc

Du vert donc dans de petits espaces. Tel est le cahier des charges de toutes ces créations.

Alors nous utilisons les murs (miroir en herbe de JJ Hubert, ou cloison végétale Etcetera, ou la nouveauté avec le projet x pots), les meubles comme la console babylone, les greffes à un pot que l’on aurait déjà, donnant une table, c’est le projet table-pot d’Adrien Gardère, ou encore le projet balcon vert, prototype en cours de Jean-Jacques Hubert pour habiller en recto et verso les garde-corps.

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Brigitte Tixier – journaliste : Le Journal de la maison / Maison Magazine – parution mars avril 2012

Jean  François Bellemère, un homme de bonne Compagnie

Ce designer talentueux vient de remporter avec sa penderie  Silex en tissu, sculpturale comme un origami, la très enviée Aide à la  Création du VIA * En tissu ? Oui car l’un des défis du créateur « C’est  d’arriver à faire des produits intéressants avec le minimum de matière et le  maximum de légèreté. Des objets que l’on transporte à plat, afin de limiter  les coûts de transport ». Son premier travail avec cette démarche est sa  bluffante bibliothèque Mikado (photo). Une prouesse technique, à la fausse  fragilité élégante, qui a fait le tour du monde. Autre succès, sa console  jardin née de son désir d’introduire le végétal dans nos intérieurs réduits.  La juxtaposition de la campagne et de la cité est une préoccupation récurrente  dans son travail depuis son diplôme d’architecte DPLG en 1996. Mais cet  impatient trouve le temps de l’architecture trop long. Parallèlement, en 2004, il fonde sa  maison d’édition, Compagnie par Jean François Bellemère. Compagnie, parce que  pour lui ce mot rime avec partage, amitié, collectif. C’est dans cet esprit  qu’il a créée les très courues expos-débats sur les enjeux de la matière, la  fabrication et les savoir-faire locaux. Joli parcours pour un homme qui se  décrit comme un militant de salon. Militant de salon  uniquement?
 *VIA, Valorisation de l’Innovation dans  l’ameublement, http://www.via.fr /  les aides à la création 2012

A Nous Paris – 20 février 2012

Maison Française – Février 2012

Tendance Magazine – Interview Mai 2011

Jean-François Bellemère : Au nom du design… Naturel épithalame

Architecte DPLG, Jean-François Bellemère crée en 2003 la maison d’édition Compagnie.

Son ton est chaleureux, généreux. Jean-François fait partie de ces personnalités que l’on aime rencontrer. Un échange prodigue, riche en sensibilité. Avec Jean-François, nous découvrons ce monde du design, insaisissable et pourtant si proche. Sa réalité est verdoyante et créative. Jean-François nous offre sa part de rêves qu’il cristallise dans ses créations. Son travail est un poème, un hommage aux lignes contemporaines inspirées par la nature.
TM : Bonjour Jean-François, comment définiriez-vous votre maison d’édition ?

Jean-François : Compagnie. Ce nom s’est imposé comme une évidence, l’idée du partage et de l’amitié, qui se matérialisent par des échanges entre industriels, designers et distributeurs autours de valeurs communes, autant éthiques qu’esthétiques, donnant à Compagnie une allure de collectif.

Une relation qui a donné naissance à des objets et meubles créés par moi-même ou par Olivier Chabaud, Laurent Lévêque, puis Elodie Poidatz et Rachel Pfleger, Vincent Vandenbrouck, Alice Heit. Derniers invités : Adrien Gardère, Jean-Jacques Hubert (Agence H20), et Elodie Ternaux.

TM : Quelles ont été vos motivations pour votre étagère Mikado ?

J-F : Lors d’un séjour chez des amis qui habitaient Barcelone, un peu en transit, j’ai été frappé par des piles de livres qui s’amoncelaient sur le sol, dans un équilibre aléatoire. Une vraie installation contemporaine « non voulue ». A la même époque ma compagne, grande lectrice et écrivain, est venue s’installer dans mon appartement où les livres servaient plus à caler les pieds des meubles qu’ils n’étaient valorisés. J’ai vraiment voulu créer une bibliothèque avec le moins de matière possible, qui s’efface devant les livres, en m’inspirant de cette impression barcelonaise. Après des dizaines de maquettes, l’idée de la Mikado est venue. Poussé par des amis qui venaient à la maison et vantaient l’esthétique de cette bibliothèque, j’ai décidé de l’éditer deux ans plus tard. Et c’est vrai que depuis, le succès ne se dément pas.

TM : Comment se déroule votre processus de création ?

J-F : Ma manière de faire de la politique en proposant des projets, c’est qu’ils puissent répondre à des critères de bon sens. L’objet ou le meuble ne doit pas être à la mode, donc ne pas lasser ; il doit être fabriqué dans des matériaux nobles, solides et produit localement. Il doit être travaillé dans des entreprises responsables, également d’un point de vue social, et enfin emballé de sorte qu’il soit le plus compact possible pour réduire le volume de transport.

En dehors de ces éléments factuels, en partant de l’histoire de la bibliothèque Mikado, je pourrais traduire une démarche globale, en tout cas des intentions tendues par des convictions, une sorte de définition.  Je crois qu’un bon créateur est quelqu’un qui n’accepte pas le monde comme il le vit, le voit.

Dans ce sens, il n’est pas conservateur, ne cherche pas à seulement à améliorer mais très souvent remet en cause, questionne.

Il doit être porteur d’un contre-discours, être la vitamine C d’un monde parfois un peu endormi, fataliste. L’idée n’est pas de contredire pour contredire ou de chercher de la différence pour se distinguer ; ça, c’est le domaine réservé du marketing.

Le créateur se doit d’apporter du sens, donc du service. Sans être altruiste, il doit être généreux, ouvert, et sur beaucoup de sujets, empathique. J’ai envie de dire qu’il doit être « vrai », avec ses propres contradictions, mais en ayant toujours comme limite cette devise : « Si l’idée n’est pas assez forte, il ne faut pas la produire. »

Je suis persuadé que le créateur peut mener des combats justes, tout comme le font des personnes appartenant à des disciplines plus habituées à ce genre d’exercices comme des philosophes. Tenter de remettre à l’endroit. Le créateur doit à nouveau tenir le rôle de contre-pouvoir, de contre-discours ; sinon, il est bien inutile et ne parlera que de formes nouvelles, or nous ne pouvons nous en contenter.

Si ce contre-pouvoir trouve de l’écho, alors il devient pouvoir.

TM : La présence du végétal est récurrente dans vos créations, pourquoi cet  accent ?

J-F : Entre une enfance passée à la campagne, en Champagne puis en Normandie, et une vie depuis vingt ans citadine et parisienne, s’est matérialisée une volonté de juxtaposition, de croisements des atouts de ces deux types de territoires.

En architecture, des recherches notamment par le biais de concours m’ont mené à des projets où le végétal en tant que matériau prend toute sa place. Ce processus passe par une volonté d’effacement du geste architectural au profit d’une relation au territoire et à son contexte.

Prolongeant les projets architecturaux, et changeant d’échelle par les projets de mobilier ou d’objets, ces expériences se sont développées depuis 2004. Les créations s’engagent dans un véritable processus de recherches visant à réfléchir au-delà du simple contenant végétal, de poser de nouveaux usages. J’ai réuni tous ces objets et meubles dans une collection intitulée « Mobilier cultivé », avec cette question en filigrane : « Et si notre mobilier devenait lui-même un jardin ? » Le projet se base sur les interconnexions entre la fonctionnalité d’éléments mobiliers et la matière végétale. Il en émane de nouvelles formes dépassant le cadre de contenant, de mur ou de surfaces extérieures.

Au fond, c’est répondre à nos besoins simplement physiologiques avec l’idée que nos intérieurs urbains puissent se végétaliser, faciliter un lien avec la nature dont nous sommes trop souvent à distance.

C’est devenu la ligne directrice de Compagnie : « Cultivez votre jardin intérieur ».

Je reconnais que c’est aussi un fantasme d’urbain, l’impression qu’une nature prenant racine au cœur même de l’habitat peut modifier notre perception de l’incontournable efficacité, de notre besoin quotidien de rapidité.

Je suis réaliste, et ne confonds pas un vrai espace vert, qui est une respiration dans nos vies citadines, avec quelques plantes chez soi. Malgré tout, le fait n’est plus à débattre, les plantes sont bonnes pour la santé.

TM : La création d’art de la table est-elle partie d’un amour du matériau ?

J-F : La matière, noble comme l’est la porcelaine, est évidemment un point de départ important dans la création. Mais ce n’est pas une fin en soi. Ce qui m’intéresse par exemple dans le travail d’Elodie Poidatz et Rachel Pfleger pour la collection « Ombres », c’est le sujet qu’elles ont imaginé pour moi. Une ombre de branchage d’olivier, sorte de fantôme qui a laissé sa trace d’un après-midi d’été sur des assiettes. Ce projet n’utilise pas la présence directe de la nature comme le font le Miroir en herbe ou la console Babylone, mais une métaphore forte et directe.

TM : La lumière, pourquoi est-elle si importante ?

J-F : Tout comme le végétal, la lumière naturelle nous offre la réalité du temps. Une pause, une relation à notre environnement. Une horloge biologique naturelle. Elle est liée à nos saisons, à des géographies, cela nous ramène finalement assez vite aux plantes ! Et nous en avons autant besoin pour des questions de santé.

En tant qu’architecte, c’est aussi une évidence, c’est le matériau premier avec lequel on construit, compose, joue. Je peux mettre une baie vitrée plein sud à condition qu’un arbre porte ombre l’été mais laisse passer, lors de la perte de ses feuilles, les rayons du soleil d’hiver. C’est de l’écologie de bon sens. En voyant notamment certains lieux de travail, j’ai l’impression que même cette évidence fondamentale est trop souvent oubliée ou reléguée après l’implantation des câblages informatiques et téléphoniques.
TM : La collection va-t-elle continuer à se développer ?

J-F : J’ai de nombreux projets en cours avec des industriels français qui seront présentés sur le salon Maison&Objet (secteur Now design à vivre), en septembre prochain. Entre autres, un tuteur pour plantes grimpantes très architectural de Jean-Jacques Hubert, un garde-corps végétal et un bureau-paysage que je signe.

En dehors de ces projets d’édition et de quelques projets d’architecture, dans la suite logique de mon travail d’édition pour Compagnie, je travaille avec des entreprises françaises qui trop souvent sont des sous-traitants et dépendent de commandes extérieures. Je collabore avec elles pour mettre en valeur leur savoir-faire et leur potentialité, qui sont inimaginables.

Enfin, en termes d’actualité, je viens d’apprendre qu’un de mes projets de recherche mobilier fait partie des lauréats « Appel à projet » du VIA (Valorisation de l’Industrie de l’Ameublement), et qu’un projet de luminaire a été sélectionné pour les Designer’s Days : on pourra le découvrir au salon Christofle, rue Royale à Paris, du 16 au 20 juin 2011.

Maison Française – Interview Décembre 2010 par Jérôme Aumont

A vivre – Mai 2010 – Écologie d’intérieur – quand la nature régénéré le design – par Olivier Namias

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