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Très largement inspiré par une relecture sur l’Ethique IV de Spinoza, et de Frédéric Lordon, La société des affects : pour un structuralisme des passions, Paris, Seuil, 2013

Affect, définition

  • Affect : est un état de l’esprit tel qu’une sensation, une émotion, un sentiment, une humeur (au sens technique d’état moral : déprimeoptimismeanxiété…). Tout état de ce type a un aspect bon ou mauvais (jugement) et ainsi nous influence ou nous motive. Il varie également en force, c’est-à-dire son incidence sur notre motivation à agir ou réagir, et donc sur la conation (effort, volonté). Ces états sont regroupés dans le domaine de l’affectivité, par opposition aux idées abstraites par exemple qui ne sont ressenties ni comme bonnes ni comme mauvaises. 
  • Un affect se manifeste soit comme un changement d’état parfois fort mais temporaire (crise), soit au contraire comme un état stable mais de longue durée (stase). Apparu en 1942 dans la langue française, le mot affect n’a longtemps pas été un mot courant mais devient commun de nos jours dans les médias, par américanisme. 
  • L’affectivité est un ensemble de phénomènes psychiques qui influencent à la fois l’état propre de l’esprit, l’attitude, la vision du monde, la pensée, et le comportement dans le monde. 

Source : Wikipédia.

Un créateur est une personne qui doute, qui remet en cause et se crée au fur et à mesure de son travail des « certitudes ». Un créateur n’accepte pas le monde tel qu’il est, ce qui le pousse à inventer, proposer.

De la définition « d’Affect à Valeur ».

La valeur s’opère par les affects. Il n’y a pas de valeur à n’importe quelle chose ou produit s’il n’y a pas de désir.

L’affect c’est le désir, c’est à dire la valeur.

Il ne faut pas chercher la valeur dans les caractéristiques intrinsèque de l’objet, ni dans ses propriétés substantielles. La chose n’a aucune valeur en soi. 

La valeur advient toujours du dehors nous dit Spinoza et le processus de valorisation s’opère par les affects.

L’affect commun est le produit d’une certaine composition d’affects individuels. Une composition qui les homogénéise, qui les intensifie, leur donnant une portée affective macroscopique.

A l’échelle sociale comme à l’échelle individuelle, l’effet de valeur est donc inobjective, elle est le résultat d’une adhésion collective, de l’action de la multitude. L’investissement de certains objets par des affects communs les valorise en bien ou en mal, en beau en laid, en juste ou en injuste…etc.

Alors comment s’opèrent ces processus de valorisation ?

Par les affects, car l’affect est l’opérateur de la valorisation nous suggère Spinoza et Frédéric Lordon.

Il n’y est pas question de psychologisme personnel, mais d’affect collectif. On passe de l’individu au collectif. Il s’agit de valorisation sociale, c’est à dire de la valeur socialement établie, reconnue.

Les Hommes valorisent collectivement des phénomènes qui font signe, favorable ou adverse, comme en politique.

Dans un affect commun, c’est la puissance de la multitude qui se manifeste. C’est donc un rapport d’échelle pour que la portée de la multitude permette de pouvoir produire un affect commun.

Il n’y a jamais d’affect commun au singulier. La multitude est fractionnée en affects communs partiels ou régionaux, parfois antagonistes, avec des conflits d’adhésion, de valorisation.

Comment se forment les affects communs partiels, éventuellement antagonistes qui produisent des valorisations différentes, et qu’est ce qui détermine l’issue de ces confrontations et de ces conflits de valorisations ?

« Une des réponses est de considérer que ce sont les gros bataillons qui l’emportent sur les petits, ou les bataillons les mieux armés qui l’emportent sur les autres » Frédéric Lordon.

Spinoza écrit dans l’Ethique IV: « un affect ne peut être ni réprimé ni supprimé si ce n’est par un affect contraire et plus fort que l’affect à réprimer».

La puissance de cette affirmation nous conduit à la synthétiser en 5 points :

1 –  la valeur n’a rien d’intrinsèque aux choses,

2 –  la valeur advient toujours du dehors,

3 –  d’un dehors social dont la nature est affective,

4 –  autour de chaque chose, il y a des affrontements de valorisation, par affrontements d’affects communs partiels interposés,

5 –  ces affrontements sont médiatisés par des structures, par des milieux institutionnels, c’est à dire par des formations d’affects communs pré-constitués.

Sur le point 5, exemple dans le milieu de l’art.

Les musées et les galeries d’art sont des formes institutionnelles cristallisant des affects communs stabilisés, préformés.

Telle est la nature même du capital symbolique. Le capital symbolique c’est le fait d’avoir concentré sur soi un affect commun qui par là rend constitutif « la puissance ».

Le détenteur de capital symbolique a été valorisé et par transitivité il devient valorisant, il peut opérer des valorisations. C’est par ce qu’il a été antérieurement reconnu qu’il peut ultérieurement produire des opérations de reconnaissance.

Pour illustration du « capital symbolique », le galeriste Gagossian.

Si Gagossian peut par son seul jugement valoriser une œuvre, c’est parce que sa parole a été préalablement valorisée, et c’est d’avoir été valorisé qui la rend valorisatrice.  La légende dit que s’il s’arrête une seconde devant une œuvre à la Fiac, un zéro de plus s’affiche instantanément sur le prix d’une œuvre.

Deux secondes…  probablement deux zéros.

Un ‘agent’ est socialement puissant que parce qu’il a déjà hérité d’une puissance sociale. En d’autres termes, il a été le réceptacle d’un affect commun, et il a capacité par la suite de pouvoir produire d’autres affects communs. C’est la définition de la puissance sociale chez Spinoza.

« Les gros bataillons » sont donc ceux qui ont réussi à mettre l’affect commun de leur côté, autrement dit le pouvoir.

Signez un billet de 1 $, et demandez à Damien Hirst de faire la même chose, pour les plus anciens, on aurait pu mentionner Andy Warhol.

Les phénomènes sociaux : religion, morale, droit, économie, esthétique ne sont autre chose que des systèmes de valeur.

Il y a des luttes de valeur. Donc des luttes d’influences, des réseaux de valorisations, des arrières plans sociaux fabricant des cotes, l’art étant un exemple patent.

Ce sont des mécanismes sociaux de production de la valeur, certains sont très visibles (achats des artistes peintres chinois par les musées chinois fabricants des cotes très fortes  en 2 ans), d’autres moins, ou moins visibles. Mais le résultat est le même, la valeur n’est liée qu’à l’affect commun produit par des mécanismes sociaux de production de la valeur.

Comme il n’y a rien derrière la valeur d’un affect commun si la structure sociale de l’affect commun s’effondre, alors la valeur s’effondre du même coup. Si le support tombe, la chose supportée tombe avec ! 

L’erreur ou la naïveté, c’est de croire que la chose peut tenir en l’air d’elle même, effet hélium, par ses propres moyens, beaucoup oublient la gravité.

De l’art à l’économie.

La valeur esthétique, chose bien admise, c’est affaire de goût, d’opinion, c’est le domaine de l’intersubjectivité, de l’instabilité, des fluctuations incompréhensibles, là où la valeur économique, elle, est créditée d’être substantiellement fondée et objective. 

Or l’économisation de la valeur artistique procède de l’idée que la valeur esthétique va s’exprimer sous la forme de la valeur économique. 

L’art contemporain (l’art comptant pour rien s’amuse à dire Franck Lepage) montre tout le contraire. La valeur esthétique est question d’affect : valeur croyance, opinion, effet valorisateur. Les valeurs monétaires ne sont pas distinctes du phénomène de la valeur esthétique. Et la valeur de l’économie n’échappe pas à l’ordre commun de la valeur.

Ce que l’on croit objectivement fondé, parce que numéraire notamment, ou forme quantitative monétaire, n’est que l’expression nombrée d’une composition de jugements d’opinions et de croyances, c’est à dire d’une composition d’affects collectifs.

L’économie n’a pas le statut d’une science galiléenne, elle n’échappe pas aux autres phénomènes sociaux. Les rapports économiques n’échappent en rien à l’empire de l’opinion et de la croyance. La croyance est à définir comme un affect. Il n’y a pas en économie de valeur fondamentale! 

De l’exemple de l’art à l’économie autour des affects.

Qu’est qu’une bulle ?

Une bulle économique est soutenue par une croyance collective.

A l’inverse, qu’est ce qu’un krack (boursier) ?

C’est le renversement brutal dans la croyance collective.

Ces phénomènes montrent qu’il n’existe pas une valeur fondamentale (un prix), au moins une valeur numéraire minimale permettant d’au moins fixer un seuil. Les agents économiques sont bien incapables de donner ce chiffre, si bien que la panique générant la panique, l’approche du zéro les fait tomber, c’est historique et fâcheusement actuel.

Les banques qui détiennent des actifs dits pourris liées à la titrisation des crédits hypothécaires appelés subprimes ou autres sont incapables de présenter un chiffre dans leur bilan (je pourrais ajouter les crédits étudiants). Certaines banques qui détiennent dans leurs capitaux 15% (et souvent plus)  de ces titres sont donc certainement en grand danger (Deutsh Bank). Et nous avec !

Bale III n’a de règles que pour ceux qui dansent quand le paquebot croise un iceberg. Rien n’a changé depuis 2007.

Conclusion

Combien ça vaut ? Pas de réponse.

Alors qu’en on ne sait pas ça – que l’on fait passer l’économie d’un état de science sociale à une revendication de science dite ‘dure’ – on va se coucher ou on fait autre chose.

Quand une science sociale (combat d’universités notamment – luttant avec si peu de défenses et des crédits rabotés) se prend pour une science galiléenne, et que des médias mainstream les auréolent d’un statut d’expert, on peut plus que douter de leur qualité d’expert. 

La parole de ces « experts »  est à prendre à mon sens avec autant de sérieux qu’une lecture d’horoscope, c’est à dire avec un degré zéro de confiance sur les capacités analytiques et de prévisions. Les exemples récents sont nombreux : sécheresses sur les cultures en Biélorussie, conflits armés, coups d’état, Covid… Si peu de prospective. je m’arrête.

A Madame Soleil, on ne manquerait pas de lui dire qu’elle s’est trompée, à tous les éditocrates experts économiques sous titrés prof à l’université truc machin mais surtout membre de la banque bidule ou conseil d’administration truc muche (non sous-titrée dans les médias en France), nous serions en droit de leur demander des comptes sur leur permanente cécité, et surtout qu’ils puissent revendiquer la culture du doute, il n’y a pas pourtant de honte à dire « je ne sais pas ».

Leurs ronds de serviettes sont toujours sur les tables des plateaux médiatiques.

Des tartes à la crème se perdent.

Ce que l’on appelle économie est bien une science sociale, et revendiquons-le, et n’ayons pas peur du doute, comme le quotidien des créateurs !

29 mars 2021

Les objets et mobiliers Compagnie sont pensés de manière à simplifier les processus de fabrication, d’emballage et de transport, d’économiser les matériaux et de valoriser le savoir-faire d’entreprises locales. La collection Compagnie présente des objets éco-conçus dont le coût final, et c’est un défi, puisse rester « compétitif ». Comment ? Pour palier au coût plus élevé d’un matériau sain, solide, et travaillé en France, nous minimisons d’autres coûts, comme l’absence de publicité ou de packaging haut de gamme, la recherche d’un minimum de transport et l’optimisation du volume du produit emballé, mais aussi que le fabricant, éditeur et distributeur soient « raisonnables » dans ses marges. Le choix de produire en France répond à une exigence à la fois environnementale, puisque plus de 50% des ventes y sont réalisées, ce qui réduit le nombre de kilomètres de nos produits, et à la fois sociale. Les ateliers respectent un cadre, des lois, des normes et sourcent leurs matières premières pour répondre à notre cahier des charges. Il y a donc pour nous une adéquation indissociable entre valeurs environnementales et valeurs sociales. Tout est résumé en anglais dans le verbe « CARE » : être concerné, se soucier de, prendre soin de. Depuis la création de Compagnie, répondre à cette adéquation c’est défendre une certaine idée de la vie, loin des plans marketing et du capitalisme vert dont nous ne pouvons que nous méfier par leur opportunisme. Ce que l’on appelle le greenwashing. Pour que cette éthique puisse avoir un écho, soit viable, il est indispensable d’avoir des partenaires afin de poursuivre et mettre en valeur cette démarche. Ainsi, nous pouvons affirmer qu’Internet avec des sites comme made in design est l’outil parfait pour que les créateurs indépendants et artisans voient leurs productions présentées efficacement. A nous de répondre à cette nécessité, ce besoin urgent, d’assumer une certaine radicalité pour éviter tant de compromis. Au consommateur de faire parfois des choix même si nous en conviendrons, il est difficile de s’y retrouver dans un dédale de labels et d’étiquettes. La consommation est une autre façon de voter. Si nous devions caractériser ce qui est pour nous un bon produit, nous pourrions émettre les éléments suivants : – Faire appel à un savoir faire local (artisanat), – Fabriquer avec des matières locales, – Créer des objets utiles, – Emballer au minimum un produit, et quand c’est possible le livrer à monter, – Employer des matériaux solides, sains, définition même de « durable », – Si un produit comporte plusieurs matériaux, il faut pouvoir les séparer afin de les trier ou réemployer, – Pouvoir réparer son objet ou meuble, NB : si la filière du recyclage se met en place en France (éco-mobilier financé par les éco-taxe), qui n’a pas été dans une déchetterie et constaté le nombre de bennes pleines qui pourraient être utilisées pour des filières de seconde vie. On peut être satisfait que l’acier présent dans un électroménager soit refondu et servent à d’autres productions. Mais on pourrait être plus heureux si ces mêmes appareils pouvaient être réparés, Or, ils sont moins chers neufs qu’à réparer. Parfois il suffit d’un joint, d’une petite pièce électronique. – Donner une seconde vie aux objets ou meubles : possibilité de revente. Esthétique dépassant la mode, – Minimiser le transport, Ainsi nous pouvons nous poser légitimement la question de savoir si un avocat labellisé bio venant du Pérou et proposé dans un commerce en France est-il si bio que cela si nous calculions son bilan carbone ? – Revendiquer le coût social d’un produit. Une entreprise qui contribue par les impôts, les salaires à mettre en place des besoins collectifs. Que la personne qui fabrique le produit puisse vivre de son savoir faire, et contribue elle aussi aux besoins collectifs. – Assumer le prix. La qualité, la solidité, le local. Oser dire que parfois le pas cher a un coût différé pour nous tous extrêmement cher (pollution, salaire de quelques dollars, transports très importants) et souvent, qualité moindre. – Anticiper, c’est à dire réfléchir plutôt sur la demande que l’offre. Répondre à des nouveaux besoins ou des nouveaux usages, par exemple par la création d’objets ou meubles pour des espaces d’habitats réduits. Le design est notre métier, mais nous nous sentons reliés et non isolés à des réflexions autour du logement, de la ville, de l’alimentation, de l’éducation…

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On zone ?

Comme beaucoup d’enfants, j’ai construit des cabanes dans les bois, j’ai enfoui dans la terre des noyaux de pêche en espérant qu’un petit arbre en sorte. On grandit, on oublie ces bouts de ficelles, le tressage des fougères, la délicate sensation d’arracher la mousse pour en couvrir un toit. On se construit d’autres mondes en imaginant les anciens puérils.

Le ventre de l’architecte

Et puis je suis devenu architecte, avec la prétention d’œuvrer pour construire le bonheur des autres. J’ai oublié que je construisais des cabanes, que leur écroulement était prétexte à en bâtir une autre, j’ai oublié aussi le noyau de pêche et j’ai fait partie des 300 équipes qui se battent sur un même concours, portant sur un terrain limité, avec l’obligation de ne répondre que là. Il faut fermer les yeux. Attention, l’exercice a un cadre, un sujet, un programme et un périmètre. Le hors sujet est vite arrivé si le regard porte un peu plus loin.

Combien d’heures, d’énergie et « d’intelligence », j’ai envie de dire pour rien ? Certes, grâce à un concours lancé par une mairie, quand il n’est pas joué à l’avance, la nouvelle médiathèque aura des chances d’être belle, de participer à l’identité de la ville. Mais l’absurdité saute aux yeux si l’on pense au nombre de cerveaux mobilisés par rapport aux surfaces : une réflexion concentrée sur quelques mètres carrés à enjeux électifs contre des hectares abandonnés aux moins-disant des acteurs économiques. De toute façon, eux s’abstiennent.

Pendant que l’attention est fixée sur ce concours de centre-ville, les zones agricoles sont transformées par la même mairie en zones à construire, en imperméabilisant le sol par hectares : l’équivalent d’un département tous les sept ans, ai-je lu quelque part.

Non seulement ces zones sont mitées et tristes, mais on en mesure facilement l’absurdité : notre population grandit et nous réduisons les surfaces cultivables !

C’est un fait : la pensée architecturale est exclue de ce qui se construit le plus – entrepôts, usines, pavillons, centres commerciaux, rocades. En somme, tout ce qui porte une pancarte publicitaire.

L’architecte est-il devenu le bras armé de marques d’assurances, banques, pétroliers ou constructeurs automobiles, la démonstration du pouvoir de celui qui pisse le plus loin ?

Je m’interroge, j’essaye de croire que la notion de densité suffit à justifier le fait. Densifier, c’est libérer des terres. Penser le vide, non comme un reste mais comme un élément du plein. Monter, superposer, c’est donc le contraire de s’étaler. Eviter l’étalement des villes apparaît comme un argument écologique.

Mais le mot densité fait peur. Il renvoie à l’idée de vivre les uns sur les autres, à des images mentales désastreuses et au vocabulaire qui leur est attaché : « cages à lapins », « passoires acoustiques et thermiques », « béton gris », « isolement », « absence de services »… et au final, concentration de problèmes et absence d’une mixité sociale minimale.

Ces modèles de tours et de barres incarnent également, si ce n’est un mensonge, le cynisme politique. Elles devaient initialement être rattachées, liées au reste de la ville ; on voit encore les images de ces promesses au crayon de couleur. Une vie rêvée, loin du tumulte des villes, avec plus de nature, qui finit cinquante ans plus tard par la question de savoir si le tramway va enfin arriver pour permettre l’accès aux services de la ville ; et côté nature, quelques pelouses pelées. La condamnation est fondée, mais finalement, on juge un modèle inachevé, c’est l’étrangeté du procès.

Quel « contre-modèle » à ce vide péri-urbain ?

Le summum du cynisme politique est, face à la caméra avec un sourire qui porte une certaine fierté, qu’un ministre annonce la destruction imminente d’une tour ou d’une barre d’immeubles, et en même temps qu’il propose un habitat individuel accessible à tous pour 100 000 euros. Oui, sans même s’en rendre compte, le politique crache sur toutes les tours qui resteront debout et leurs habitants. Eux n’applaudissent pas quand la déflagration retentit. La promesse de l’habitat individuel, comprendre pavillon,  signe la folie de l’étalement urbain en promouvant le mythe de la maison, avec comme arrière-plan la notion d’une soi-disant liberté. La musique sonne comme un programme électoral, des  « clients » à flatter.

Juxtaposées, les deux séquences apparaissent comme une déclaration de guerre inconsciente. On marque l’erreur passée par un acte violent de destruction et l’on porte la solution ailleurs.

Ce que l’on peut entendre, c’est individuel contre collectif.

Le terrain est donc miné pour débattre sereinement autour de la notion de densité, mais l’urgence se pressent tant la dilution du territoire est visible. Le débat est aussi faussé puisque les maisons individuelles dont on parle s’inscrivent dans le cadre concentré des lotissements.

Le rêve est-il de vouloir plus d’isolement, quelques mètres carrés de jardin, ou d’autres voisins ?

Certainement un mélange de tout cela, et c’est compréhensible. Mais à grande échelle, l’habitat individuel consomme du territoire, et pour cette seule raison, il ne peut y avoir de projet urbain à long terme.

Pour apporter une réponse à ce dilemme, il faudrait réfléchir aux aspirations et aux désirs que véhicule l’idée de maison individuelle, et parvenir à les combler dans un cadre collectif. 

Parpaing crépis clôturé.

Passant devant les vitrines d’une agence immobilière, je m’arrête par curiosité pour m’informer des prix de la région, je prends quelques journaux gratuits en libre service. Comme partout ailleurs, ils regorgent de pages de publicités pour la construction de maisons neuves, mauvais dessins aquarellés, modèles mimosa ou lilas, en apparence isolées et sans voisins. Sans environnement également, gommée la nationale non loin, les autres logements, la ligne haute tension, l’absence d’arbre, la proximité des grandes enseignes de distribution et la distance de l’école.

Ces bâtisseurs de pavillons en parpaing crépis façonnent des kilomètres carrés de paysages sordides sans carte postale possible. Ici nul besoin d’architecte, les marketeurs ont balisé le parcours, flattant « l’individu ».

Les publicités utilisent le mot « rêve » à tout-va : « Votre rêve pour 120 000 € », crédit total possible.

« La France de propriétaire », de l’autre côté de l’Atlantique, on fichait dehors des familles entières de leurs maisons en 2007, on connaît la suite. Certains imaginaient que cette déflagration emporterait les dogmes libéraux comme la chute du mur de Berlin emporta le soviétisme, que c’était une occasion de changer d’horizon. La « seule musique possible » continue d’être jouée sur un bateau que la cupidité a contribué à faire couler.

Aucun souci de délivrance de permis de construire : tuile ici, ardoise là, rose saumon de ce côté, beigeasse plus loin, option garage, le tout clôturé (thuyas non fournis). Un archétype à la fois d’esthétique et de statut. Une esthétique qui ne cherche pas plus loin que la représentation d’une maison dessinée par un enfant ; un statut de propriétaire qui donne le sentiment de se stabiliser, de se constituer une forme d’assurance-vie. Avoir un toit à soi, quoi de plus légitime ?

Outre les jugements esthétiques, n’importe quel anthropologue verrait dans ce modèle la constitution d’une bombe à retardement. En effet, plus le construit se dilue, plus les distances s’allongent pour se rendre d’un point à un autre. La densité nécessaire pour financer un transport collectif n’étant pas suffisante, il appartient à chaque individu de répondre à ses besoins de déplacements.

On pourrait énoncer un simple slogan : sans voiture point de salut. Et ici, il en faut deux. Elle est là, la bombe.

Lorsqu’on vit éloigné des centres des villes ou des villages, les éléments ou services les plus rudimentaires de la vie quotidienne se trouvent au moins à trois ronds points : travail, école, boulangerie, pharmacie… En quelque sorte, des maux identiques à ceux des habitats collectifs anciens non reliés aux villes.

Le coût de l’énergie, qu’elle soit carbonée ou non, continuera de grimper. Même s’il peut ici se construire des solidarités, les habitants les plus aisés garderont leur mobilité, les plus pauvres seront cloués sur place. Anarchie consciente, puisque même les maires cautionnent ces lotissements, tandis que les sociologues les plus pessimistes y voient de futurs bidonvilles.

R.N.

Puisqu’on s’étale, il faut aller de plus en plus loin pour trouver du vert. Ne plus entendre le ronronnement des moteurs devient une gageure. En suivant le fil des idées du Grand Paris, on peut aisément extrapoler la finalité des grands schémas de mobilité : pas de sortie de ville pendant plus de 200 km, et nous serons tous logés juste à côté du fast-food et du hard discount. Plus de problèmes de parking, on habitera dans des paysages de routes nationales, avec de temps en temps une sculpture au milieu d’un rond-point pour signifier la particularité de la ville, ou plutôt de ce qu’elle était dans le passé. Parions sur un pommier pour évoquer le cidre normand, peut-être une barate géante.

La matière grise est à mettre ici, dans ces territoires « agglomérés », mais avec quels partenaires ?

Je me promène. A l’entrée de chaque ville, un panneau jaune affiche une ou plusieurs étoiles rouges. Ville fleurie. Le panneau est toujours placé juste après les caisses géantes de bac acier des supermarchés, « zone » commerciale. Ville fleurie de quoi ? De géraniums suspendus à des candélabres de catalogue. Le centre-ville se retape comme s’il voulait faire oublier ce par quoi on passe pour parvenir jusqu’à lui, évidemment en bagnole puisque c’est impossible autrement.

L’économie imbécile !

Trois programmes définissent ainsi notre nouvelle modernité : le lotissement, les infrastructures routières et les zones commerciales. Ils induisent une standardisation de nos paysages et des entrées de villes, avec comme point d’ancrage commun une dépendance totale à la voiture. Tout ce système fonctionne par et pour l’automobile. Il nous fabrique du pratique, du fonctionnel, où le piéton semble banni, la poussette exclue, le coureur parqué dans quelques allées de graviers. « Manger-bouger », nous dit la pub du cheeseburger ! Marqueur de ce duo consommation-automobile, les cinémas. Ils ont été poussés des « centres vides » pour cause de manque de places de parking.

Ces espaces péri-urbains sont une extension du neutre, pour ne pas dire du laid, il n’y fait d’ailleurs jamais nuit, mais jaune orangé.

On ne peut même pas parler ici de modèle, car cela supposerait que la pensée économique à l’origine de ces territoires se soit concertée pour inventer un tel schéma. Non, chacun joue dans sa cour et tire une ficelle pour lui-même. Le mot le plus juste est système.

Le point d’accord qui semble constituer l’un des principes fondamentaux de ce système est de minimiser l’intervention des pouvoirs publics et de répondre à la soit disante exigence de la demande du marché. Soit disante, car ce qui est mis en place n’est autre qu’une politique de l’offre.

La musique de fond que l’on nous joue, c’est que la concurrence est stimulante et qu’elle profite au consommateur, justifiant le développement exponentiel de ces zones commerciales. En d’autres termes, le secteur privé façonne l’urbanisme.

Il s’agit donc d’une réelle captation démocratique puisque le citoyen est dépossédé du droit de choisir. Mais rassurons-nous, les marques nous veulent du bien.

La mondialisation économique, c’est-à-dire le triomphe du privé sur le public, générant l’ouverture de tous les flux – aussi bien des marchandises que des capitaux – crée bel et bien une mondialisation urbaine et péri-urbaine.

Michel Houellebecq écrivait dans Plateforme : « En somme, les boutiques de l’aéroport constituaient encore un espace de vie nationale, mais de vie nationale sécurisée, affaiblie, pleinement adaptée aux standards de la consommation mondiale. Pour le voyageur en fin de parcours il s’agissait d’un espace intermédiaire, à la fois moins intéressant et moins effrayant que le reste du pays. J’avais l’intuition que, de plus en plus, l’ensemble du monde tendrait à ressembler à un aéroport. »

Et l’architecte Rudy Ricciotti évoque l’esthétique de la mondialisation. Selon lui, le cauchemar du film de Jacques Tati, Playtime, s’est bien réalisé. « Culture esthétique où la complexité des savoir-faire disparaît au profit de la standardisation et d’un minimalisme médiocre, et comme rempart la transparence comme illusion de la démocratie. Disparition du récit, de la figure et du signe, victoire du lisse, la violence du lisse ».

Le lieu influence la pensée, dit-il. Nous devrions donc plus que nous méfier, « le carnage est mondial ».

Boîtes du libre échange.

Dans les zones commerciales plus qu’ailleurs, le mitage urbain provoque la dilution de l’identité du territoire, grand consommateur de foncier. Ces marques ont leur charte, applicable partout. C’est leur identité, celle de l’environnement dans lesquelles elles s’installent est totalement niée. Ces boîtes à bas coût abritent des activités qui ne produisent rien, ce sont des réceptacles remplis de produits d’importation déversés par des containers ayant fait des milliers de kilomètres en mer. Ne cherchez pas le « made in ». Il vient de loin. L’usine locale qui fabriquait des téléviseurs a été rachetée par un centre de logistique, parfois par la mairie pour en faire un centre d’art contemporain.

Petit aperçu de la mondialisation heureuse, du discount et du hard discount. Ici pas de frontières, les marchandises circulent, sans papiers ou presque. On devrait être contents puisque tout est moins cher. Le pas cher dont la plupart du temps personne n’a besoin, qui participe au débordement de nos poubelles, quand ce n’est pas au milieu d’herbe folles ou sur le sable des plages. Le sol est parfois une contre publicité à ces marques en emballage individuel. La garantie s’achète. L’extension de garantie aussi. Alors, autant jeter. Tant que ce n’est pas irrespirable, on continue.

D’un point de vue économique, on pourrait même dire que ces boîtes symbolisent l’activité délocalisée.

Le grand déménagement du monde n’a trouvé que peu de personnes sur sa route. Le voyage s’est donc bien passé et se poursuit.

La production là-bas pour une consommation locale. La distribution qui remplace la fabrication. Pourtant, sans salaire décent, bientôt même le hard discount ne sera plus accessible, d’autant que la petite voix a son refrain pour nous éduquer : Coût du travail trop élevé, compétitivité, bla bla bla. C’est sûr que nos usines ne peuvent fabriquer des produits pour le hard discount.

A petit feu, c’est bien la promo qui nous tue. C’est diffus, lent, on s’habitue, se tait, même si l’on sent qu’il y a tout de même quelque chose qui cloche dans tout cela.

Il faut en découdre

Puisque tout circule « librement »,  que ces boîtes à vente regorgent de tout et de n’importe quoi, c’est donc à nous de vérifier la composition des produits que l’on achète ; à nous d’être vigilants, hyper informé entre deux scandales sanitaires et leur lot de promesses et d’étonnements. C’est formidable, le législateur nous donne du pouvoir, nous devenons des consom’acteurs ! Comme si nous rêvions de passer notre temps à chercher les étiquettes et à comparer des plaquettes et des offres commerciales.

Alors on nous propose une arme, poing levé, celle de jouer au boycott et aux Indiens sans se séparer de nos cartes de fidélités.

La force du système est de se priver d’ennemis, de tout rendre interdépendant, de faire en sorte que chacun y trouve un peu son compte. Il nous met dans la situation de collaborateurs, de co-responsables. Nous sommes assis sur une branche que notre nature profonde nous conseillerait pourtant de couper.

A la tête de ce système, un monstre à plusieurs têtes, des « occupants » qui envahissent les terres en même temps qu’ils nous engluent dans une masse construite et diffuse si importante qu’elle pourrait être irréversible. Je veux désigner les empires des grandes fortunes de la distribution, les promoteurs de pavillons, les décideurs de rocades et couleurs de macadam qui y font des affaires, les propriétaires des chaînes de supermarchés et autres grandes surfaces de bricolage, restauration, hôtellerie, qui privatisent notre bien commun, le sol.

Il serait trop facile de les absoudre de toute responsabilité et de tomber dans la fatalité du « c’est comme ça ». La force de ces groupes est d’avoir produit un modèle qui semble insurmontable, avec chantage sur l’emploi dès que l’on fait mine de vouloir le cadrer.

Il est bien question ici de pouvoirs, de rapports de force. Les armes ne sont pas entre les mains des citoyens mais des législateurs. Or il faut de la volonté pour en découdre et affronter ce qui apparaît comme acquis et inévitable, pour provoquer une réflexion de fond sur la mobilité, les flux matériels et immatériels.

Aux arbres,  citoyens !

J’en reviens à penser à mes cabanes, à mon pêcher, que le bonheur ne se joue pas qu’avec un bon plan d’architecte, mais que le plus important est presque immatériel : la vue, les senteurs, les sons.

L’automne est magique, comme un paysage de neige, le chemin disparaît, une sorte d’unité apparait.

La laideur, le médiocre qui s’étendent ne sont pas une fatalité. Il faut leur opposer le beau, le rare, le précieux. Les belles choses nous rendent meilleurs. Devant un beau paysage, tout le monde tombe étrangement d’accord. Personne n’a l’idée de prendre ses photos de vacances devant un supermarché. Le laid alourdit les esprits, les zones à tout vendre génèrent une déprime latente dont on n’a même pas conscience. A force d’habitude peut-être.

Je somnole. Je pense au procès des faucheurs de maïs OGM. Et si nous devenions des planteurs illégaux, projetant nos ambitions érectiles plutôt dans un chêne ? Avoir toujours dans une poche ses clés, dans l’autre des graines. Moi, le militant de salon, j’admire ces objecteurs de consciences, ces désobéissants, ces éclaireurs. Des révoltés qui portent un non constructif, celui du mieux vivre. Qu’ils font du bien ces thuriféraires du « ça ne peut pas être autrement », « c’est incontournable ».

Sur la pensée du vide, la nature comme acte possible et premier. Je pense aux arbres qui donneraient aux périphéries un air d’immersion, naturel. Quoi de mieux pour éviter les frontières injustes, et préférer créer des seuils par la frondaison des arbres. Quoi de plus proche que le cycle visible des saisons. Mais ici, il ne s’agirait pas d’aligner des arbres « haussmanniens » et leurs grilles, de retirer les feuilles à grands coups de souffleur à essence. Non, laisser l’humus. Le plus haut mat des enseignes disparaitrait et deviendrait ridicule, symbole de leur impuissance.

La végétation, non pas uniquement pour cacher, pour masquer le médiocre mais simplement pour jouer, courir, rééquilibrer les forces de l’occupation des moteurs incessants, et marcher avec bonheur sur un sol mou, peut-être cueillir des fruits dans des lieux improbables, laisser les ronces pousser, regarder le vernis du gel sur les branches à travers la fenêtre du RER. Il faut porter des rêves pour se sentir vivant, il faut croire pour encourager, donner de l’élan.

Assis à une terrasse de café, j’écris à… je ne sais même pas à qui :

L’avenir des villes doit être économe en territoire, densificateur. Réhabiliter tout le foncier existant ou abandonné afin de minimiser voire interdire des nouvelles constructions trop éloignées. Repenser le vide non en creux mais en échanges sociaux possibles par des forêts, parcs, jardins, potagers, vergers servant ici de pause, parfois d’écran à des paysages voyous.

Il s’agit d’un autre modèle de développement avec l’urgence de canaliser un urbanisme dévorant, que le politique s’autorise à interdire. On attend de nos représentants, qu’au minimum, ils régulent, protègent.

Proposer un habitat dense n’est pas construire des ruches. Les besoins sont énormes, les listes d’attente longues et avoir un toit est bien la condition minimale pour être lié socialement. Il faut « ré »inventer la densité pour pouvoir faire des cabanes. C’est facile, il faut juste ne pas oublier que l’on a été des enfants. Et mon chien fait des bulles.

J’écris enfin :Se révolter, c’est espérer.

« Je ne savais pas où poser ce jasmin, j’ai passé un peu de temps dans mon atelier, tordu des barres d’acier que j’ai soudé, un petit bout de câble suspendu au plafond et hop! »

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Projet de Daniel Kula, enseignant à l’ENSCI

3 formes à accrocher pour suspendre les plantes en pot, réversibles, soit 6 formes.

Edité par Compagnie, sortie en novembre 2014.

Finition : acier laqué noir/blanc ou finition cuivre brillant.

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DK formes

 

 


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Comment orchestrer des productions belles, justes et affectives qui contribuent à préserver paysages, matières, savoir-faire et relations humaines ?

Avec 11.2, Olivier Chabaud montre qu’il est possible de créer des objets avec un sens esthétique aigu, sans com-promettre ses valeurs environnementales ni sa conscience sociale. Grâce au léger angle qu’elle présente, l’étagère 11.2 se détache avec précision du mur et crée un jeu d’ombres qui en révèle la surface. Les arêtes sont travaillées pour af-finer les épaisseurs du chêne massif, adoucir les effets de lumière, et jouer avec la poésie des lignes naturelles. En juxtaposant plusieurs étagères, une élégante composi-tion se forme, évoquant un paysage horizontal, des strates dynamiques.

L’étagère 11.2 conjugue bois massif et design contempo-rain, prolongeant l’univers de la collection Compagnie. Le bois massif est un matériau vivant avec tout son carac-tère. Les veines, noeuds, tonalités ou « défauts » de crois-sance donnent à chaque pièce son caractère unique.

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sortie octobre 2014

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Sous la direction de Jean-François Bellemère, fondateur de Compagnie, les objets et mobiliers sont pensés de manière à simplifier les processus de fabrication et de transport, économiser les matériaux et valoriser le savoir-faire d’en-treprises locales. 11.2 est fabriquée en chêne massif à partir de forêts gérées durablement en Franche-Comté. Les plateaux sont ensuite travaillés et assemblés dans un atelier du Jura. Le circuit entre ressource naturelle et pro-duit transformé est ainsi court. Les finitions sont naturelles, après ponçage est appliquée une cire.

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L’étagère Max appartient à la toute dernière gamme, « Pièces complices » des éditions

Compagnie.

Au final, une sculpture comme des pixels de paysages colorés à poser sur un mur. Du gris

mousse au vert olive, des tâches de lointain. Des compositions libres pour ranger, poser,

exposer.

L’étagère Max, un projet conçu avec des enfants, mais qui n’est pas exclusivement à

destination des enfants.

 

 

 

 

Nouvelles couleurs : Blanc/Rouge/Noir, et toujours Gris mousse, Vert Réséda, Vert Pin, Turquoise-Menthe, Vert Olive et Vert Pâle

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LOGO MADE IN JURAEtagère MAX EM02-noir lightEtagère MAX-Couleurs RALEtagère MAX MISE EN SECENE Light

Lise Benincà

Des objets de rencontre. Une saison chez Emmaüs

Préface de Charles-Édouard Vincent

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Parution : 21-08-2014

Lise Benincà a passé plusieurs mois au sein d’Emmaüs Défi, rue Riquet à Paris. Elle a eu l’envie de donner voix à ces objets patinés, dépareillés, parfois ébréchés mais toujours singuliers, qui sont passés de main en main avant d’arriver chez Emmaüs, cette association, créée par l’abbé Pierre, qui les revend à des prix modiques.
Puis la présence des hommes et des femmes, salariés en réinsertion professionnelle chez Emmaüs, aux parcours chaotiques, eux-mêmes en transit, eux-mêmes patinés par la vie, s’est imposée entre les lignes qu’elle écrivait autour des objets – fragiles échos d’existences passées et inconnues. Alors elle s’est mise à parler d’eux, aussi. De leurs trajectoires, de leurs espoirs, de leur détresse et de leur volonté. Ils sont ainsi devenus les personnages émouvants d’un récit qui retrace, à travers le prisme des choses, l’ambiance et la dynamique émanant de ce lieu étonnant, le métier de ceux que l’on appelle les «travailleurs sociaux», ainsi que la multitude des situations qui peuvent conduire à la rue.
C’est au pouvoir des mots et de la mémoire que l’auteur réfléchit, citant Perec et Giono, et plus généralement à celui des livres, «prêts à tout pour aider le monde à tenir debout».

 

Pourquoi parler de ce livre?

Tout créateur rêverait qu’un écrivain se penche sur son travail.

Pour parler de l’histoire de la matière et de sa transformation, de celui qui produit, des outils… Un objet est plein d’humanité.

Pour sortir un peu de la mode et des brèves shopping ou tendances des magazines de déco ou autres féminins.

Mais ce livre est aussi l’objet d’un fantasme. Dans 30, 50 ou 100 ans, notre carafe, notre meuble se retrouvera t-il apprécié et acheté par d’autres générations, dans une brocante, chez Emmaüs ou aux puces ?

nature morte Emmaus